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Les cicatrices de la guer
1916, la Bataille de la Somme.
 
D'août à novembre 1914, c'est la guerre de mouvement. L'armée allemande pénètre à 300 km à l'intérieur de nos terres, traversant la Somme du nord au sud, puis, contrainte par la bataille de la Marne, reflue et retraverse la Somme en sens inverse pour se stabiliser sur un front qui va de la frontière suisse à la mer du Nord. Succède alors une guerre de position, la fameuse "Guerre des Tranchées". C'est le désir de l'état-major allié de briser cette situation qui fit de la Somme le théatre de l'une des batailles que l'histoire retiendra, avec celle de Verdun, comme l'un des événements majeurs de la Grande Guerre.
 
Le 6 décembre 1915, à Chantilly, le Haut Commandement Allié convient d'une offensive générale vers le milieu de l'année 1916.
Le 18 février 1916, Joffre et Haig arrêtent les grandes lignes d'une offensive franco-britannique au nord et au sud de la Somme.
Pourquoi ce choix ? Parce que les stratèges pensent que pour provoquer une rupture du front, la seule solution est de faire porter l'effort entre les collines de l'Artois et le massif du Noyonnais. C'est par là qu'il faut s'engouffrer pour couper les voies de communication ennemies vers Valenciennes et Le Cateau.
Les bois y occupent une surface réduite, des bosquets apparaissent çà et là. L'habitat est groupé en gros villages espacés de deux à quatre kilomètres les uns des autres. Ce maillage relativement serré avec quelques fermes isolées a permis aux allemands, installés sur place depuis des mois, de construire un réseau de bastions fortifiés qui se protègent mutuellement.
 

Joffre a prévu l'attaque sur un front de 70 km, mais l'offensive allemande sur Verdun le contraint à le ramener à 40 km. 

Annoncée par un bombardement de sept jours, sur un réseau de tranchées tout en profondeur, l'attaque part le 1er juillet sur un front de 25 km dans le secteur anglais entre Hébuterne et Maricourt avec 26 divisions, et sur un front de 12 km dans le secteur français entre Maricourt et Chilly avec 14 divisions. Accrochées dès le début par des adversaires plus endurcis qu'elles, les troupes britanniques n'en progressent pas moins, mais au prix de très lourdes pertes. L'avance française est plus aisée, mais dans les premiers jours seulement. La libération de Guillemont le 3 septembre, après des attaques répétées pendant tout le mois d'août, coutera 2000 hommes à la 20th Light Division ; la 16th Irish Division en perdra quant à elle 4354 dans les combats de Ginchy-Guillemont. Sous les ruines qui ne rappelaient plus rien d'un établissement humains, les britaniques découvrent tout un lacis de tunnels qui relient les puits du village aux réduits fortifiés des environs.

 

"La terrible route de Guillemont" est enfin dégagée !

 

Petit à petit, la Bataille de la Somme s'est transformée en une suite d'actions disjointes. Début octobre, elle s'essouffle et s'arrête.

Des divergences apparaissent au sein de l'Etat-Major Allié : le Général Haig considère en effet que les faits ne justifient aucunement les conceptions du Haut Commandement Français, qui espérait désorganiser le dispositif allemand.

 

Néanmoins, la Bataille de la Somme sera la première manifestation d'une réelle coopération franco-britannique et marquera pour les Alliés l'échec du plan allemand qui, lui aussi, prévoyait la victoire pour 1916...

 

(d'après  "la lettre du Président du Conseil Général de la Somme" - juillet 1996)

 

 

Retrouvez plus de précisions sur la bataille de Guillemont dans l'onglet "Pendant la Guerre"

Voir la Carte de la Bataille de la Somme.

 La Bantam Division à Guillemont

 

Au plus fort de la vague de volontariat qui submerge l'Angleterre en 1914, les hommes de petite taille, un moment réformés d'office, sont finalement acceptés et regroupés dans une division, la 35th Division, appelée aussi Bantam Division, du nom d'unerace de coqs de combat nains.

 

A la fin du mois de juin 1916, la 35th Division arrive dans la Somme où elle prend position à l'extrême sud du front britannique, près de Maltz Horn Farm, à environ un kilomètre au sud-est du Bois des Trônes. A droite de la division se trouve l'armée française avec laquelle les Bantams doivent coopérer pour des opérations contre Guillemont et Ginchy. Le terrain sur lequel ils devront combattre a été transformé en un bourbier mortel, constellé de trous d'obus et couvert des corps en décomposition d'hommes et d'animaux. Les mouvements dans la boue épaisse se révèlent épuisants pour les Bantams lourdement chargés, et après huit heures de marche dans les tranchées de communication, l'unité parvient à s'établir à la ferme Wattrelot. Les hommes tiennent la position malgré les tirs ennemis qui les écrasent et parviennent à repousser trois attaques allemandes successives. Le bataillon perd néanmoins 259 hommes en quatre jours.

le 19 juillet, ordre est donné au reste de la 105th Brigade de participer à une attaque préliminaire avec les Français pour s'emparer d'un kilomètre du front allemand entre Arrow Head Copse et Maltz Horn Farm au sud-ouest de Guillemont. Le 15th Batallion Sherwood Foresters est chargé de mener l'assaut, mais cette tâche est au-dessus de ses forces : les Sherwood Foresters ont déjà subi 48 heures de bombardement ennemi quasi ininterrompu, et le front qu'ils doivent attaquer est trop large. Pire encore, aucune observation d'artillerie n'est possible. Le plan entier est improvisé et les troupes n'ont été prévenues que deux heures avant l'assaut !

Lorsque l'heure H arrive, deux compagnies indiquent qu'elles ne sont pas prêtes à l'attaque, ayant subi quatre heures de tir d'obus à gaz. Deux compagnies du 23rd Batallion Manchester Regiment sont alors envoyées en renfort, et à 5 heures du matin, les hommes s'élancent en plein jour et aux vues de l'ennemi, pour être massacrés par les mitrailleuses allemandes. les Manchester parviennent à atteindre les tranchées ennemies, mais ils en sont rapidement rejetés.

Peu avant 11h35, une nouvelle attaque est lancée : les Manchesters et les Sherwood Foresters partent à nouveau à l'assaut et atteignent les tranchées allemandes, pour en être écrasé par un bombardement de l'artillerie ennemie qui les force à fuir.

Deux jours plus tard, une autre opération précipitée et mal conçue coûte cher au 18th Batallion Lancashire. Le 22 juillet, 6 heures après avoir été prévenu, le bataillon reçoit l'ordre d'envoyer deux groupes pour effectuer un raid nocturne contre les tranchées ennemies près de Guillemont. L'un des groupes doit ouvrir une brèche de 500 mètres dans le réseau de barbelés ennemi afin d'ouvrir la voie à un troisième groupe venant d'une brigade voisine. Les ordres détaillés n'arrivent que quelques minutes avant l'heure H ; l'attaque débute à l'heure prévue.

Dès qu'ils bougent, les hommes sont pris sous un barrage d'artillerie ennemi qui s'abat sur le groupe devant couper les barbelés, le tout sous la lumière des fusées éclairantes allemandes. Peu après, la fusée Bangalore avec laquelle la brèche devait être pratiquée dans les barbelés explose prématurément, provoquant le repli de la moitié du groupe.

Le second groupe de Lancashire Fusiliers a plus de chance et pénètre dans les tranchées allemandes où il se maintient plusieurs heures face aux contre-attaques allemandes. Il se replie ensuite en bon ordre.

 

Les débuts des Bantams sur le champ de bataille n'ont pas été très remarquables. L'expérience de la 35th Division est assez représentative de celle de toutes les autres divisions de l'armée britannique engagées sur le front de la Somme. Ses effectifs sont remis à niveau par de nouvelles recrues dont la condition physique est inférieure à celles des premiers Bantams. En conséquence, au lien de se reposer, les hommes sont soumis à un nouvel entraînement. Et dès le 9 août, la 35th Division reçoit l'ordre de regagner à nouveau la zone des opérations...

 

 (d'aprés le numéro 19 de la revue bimestrielle "Batailles" )

Cette grande bataille a laissé peu de cicatrices, et sans les cimetières britanniques omniprésents, le touriste pourrait se demander où et quand elle  s'est déroulée. La reconstruction a remis en état les cultures, les bois , les villages, les villes. Parfois une tranchée dans un bois, des obus remontés par le soc de la charrue et déposés en bordure de champ, attirent l'attention. Les sites de mémoire français et allemands sont rares. Au contraire, les Britanniques entretiennent et perpétuent le souvenir. Concédés à perpétuité, leurs cimetières constituent des "enclaves" britanniques.

 

Tous les ans, le 1er juillet, les autorités civiles et militaires britanniques célèbrent la Bataille de la Somme avec les autorités locales françaises.

 

La Commémoration du 1er juillet 2006 à Guillemont
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Mais il est aussi très fréquent de rencontrer des touristes anglais tout au long de l'année. C'est ainsi qu'il y a une quinzaine d'années, au hasard d'une promenade dans les champs fraîchement labourés, Franck fait la rencontre de deux sujets britanniques, Roger Negus et David Gray, qui arpentaient l'ancien champs de bataille à la recherche des endroits où leurs ancêtres avaient combattu.

 

Depuis, Roger et David reviennent tous les ans en pélerinage à Guillemont, et se plaisent à dire que "Franck prouve que l'Entente Cordiale est toujours bien vivante !"