Soke Military Society

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Les cicatrices de la guer

  

Guillemont comme de nombreux villages de la Somme va connaitre une période d'occupation ,de Août  1914 à Juillet 1916. 

Un curieux « croquis », publié par un journal français d’après un correspondant allemand de la Gazette de Francfort, va nous aider à saisir, la physionomie d’un village envahi.

 

 

                                

 

 

Une lettre datée de Guillemont

 

 

Transportons-nous à Guillemont, petit bourg de 300 habitants, situé à 2500 mètres des tranchées françaises dans la région de Combles.
Le maire, M. Frévin, est malade : sa femme doit le suppléer dans ses fonctions. Et certes, ce n’est pas une sinécure !

« Il lui faut, explique ce témoin, pourvoir aux réquisitions de blé, de paille, d’avoine, de viande, de bois, de pomme de terre, écouter les doléances de la population qui compte encore 300 têtes -et quelles têtes ! - et modérer l’exigence de nos chefs. »Et dieu sait de quelles « exigences » et de quels caprices de tels « chefs » sont capables !

Voulons nous savoir, par le menu, comment s’écoulent alors les journées d’une « mairesse » ?

Ecoutons notre rapporteur : « Dès le matin, le commandant procède à l’appel des hommes, vieillards, enfants ou réformés, pour régler le travail du jour. Qu’il neige, qu’il pleuve ou qu’il gèle, la mairesse est là pour discuter les excuses de chacun. Celui-ci est souffrant ; celui-là a sa femme qui accouche ; M. Matte doit aller à Péronne ; Mme Beuchard a besoin de son mari pour fendre du bois. Le commandant n’entend pas le français, la mairesse ignore l’allemand. Pourtant, au bout d’une demi-heure, tout cela est réglé.

Arrive le médecin militaire, qui doit visiter les malades civils. Où habitent-ils ? La mairesse accompagne le médecin de maison en maison ; elle veille à ce que les chambres soient chaudes, à la distribution des vivres et des remédes.

Elle rentre chez elle. Sur huit pièces dont se compose sa demeure, sept sont occupées par des soldats allemands ; la dernière sert à la fois de chambre à coucher, de cuisine et de salle à manger à la famille du maire ; elle est aussi le bureau de la mairie.

Mme Frévin prépare le repas elle-même et elle nourrit encore six femmes de mobilisés, dont quelques-unes ont des enfants.

A deux heures second appel. Pendant l’après-midi, il faut voir si les nourrissons ne manquent pas de lait, retourner chez les malades à qui le médecin peut encore être utile, rendre visite au curé, qui est à demi mourant, pousser jusqu’à Ginchy, un village voisin, où il n’y a plus un homme, où le pain est rare, où les toits sont presque tous détruits.

La route n’est pas longue ; mais le voyage ne se fait pas sans permission spéciale des autorités allemandes, ni sans risque de recevoir les grenades anglaises et les shrapnells français. Ni dimanches, ni fêtes, tous les jours sont jours de travail.

Et la mairesse trouve encore le temps de nettoyer et de fleurir les tombes, celles des Français et celles des Allemands.

Tout est en ordre chez elle ; sa cour est la plus propre du village ; son village est le mieux tenu de toute la Picardie ; on le cite comme un modèle dans les tranchées du front. 

 

 

Cartes postales allemandes de Guillemont 

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L’agonie d’une église

 

Avant de disparaître entièrement, l’église de Guillemont a subi une agonie qui dura deux ans. Une première fois, le 26 septembre 1914 nous rapporte le curé, M. l’abbé Beauvais, elle est meurtrie par un obus qui ouvre dans un angle de la tour une brèche d’environ deux mètres : les pierres, dans leur chute, crèvent la toiture ; et, peu à peu, les pluies de l’automne et de l’hiver feront tomber le torchis de la voûte.
Le 29 septembre de la même année, des soldats allemands y sont cantonnés et s’y couchent sur des tas de bottes de blé 
 et d’avoine non battus.

Puis elle est convertie en magasin et, dès lors, le culte y est interdit : elle n’est plus qu’une sorte de grange banale.
Mais cette « grange » est encore surmontée d’un clocher. Le 7 avril 1915, les pionniers allemands font sauter le clocher
à la dynamite, sous prétexte qu’il sert de point de repère à l’artillerie française.

Enfin le 25 juin 1916, au début de l’offensive de la Somme, un gros obus frappe la sacristie, en attendant que d’autres, après le départ de la population, achèvent cette œuvre destructrice.

L’église de Guillemont était un édifice intéressant, de construction récente, dont l’ensemble rappelait l’architecture ogivale du XIIIe au XIVe siècle. Un morceau de cloche, portant l’inscription : Emilie-Armande-Françoises, et une banniére de la confrérie de Notre-Dame de Lourdes ont été retrouvés parmi les ruines et « sauvés» !   

 

 

 La destruction de l'église

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   Extraits de la monographie

 de l’abbé Charles Callipe

LA SOMME SOUS L’OCCUPATION ALLEMANDE