LES PREMIERS HABITANTS DE L’APRES-GUERRE
La première habitation du village de Guillemont après la guerre de 1914-1918, construite par Monsieur René LEDEZ , pour son mariage le 1 Mars 1920, la construction avait été réalisée avec des matériaux de récupération et avec l’aide de soldats Anglais stationnés dans un camp entre le bois des Troncs et le bois de Bernafay .
UN MARIAGE DANS LES RUINES
Guillemont… non, en Picardie, là où s’élevait encore, en 1916, Guillemont, alors à 3 kilomètres de Combles et du front britannique…A Guillemont, qui n’est plus qu’un nom de commune cataloguant des pierres calcinées et quelques hectares de brousse coupée d’entonnoirs et de tranchées, une cérémonie, émouvante en sa simplicité vient d’attester que la vie sociale ne s’est pas a jamais éteinte dans cette province suppliciée.
Beaucoup de ceux qui, naguère, furent les habitants de Guillemont viennent de temps à autre en pèlerinage sur les ruines de leurs maisons, puis ils s’en retournent désespérés.
Mais, nous écrit un de nos lecteurs :
« Deux enfants de ce pays n’ont pas voulu laisser passer dans l’oubli le lieu de leur naissance.Ils sont venus, pendant un grand mois, y construire une petite baraque, et le 1er Mars a été célébré, en ce lieu si désert, le mariage de ces deux enfants : M.René Ledez , âgé de 24 ans, et Mlle Plubicie Rondot, âgée de 19 ans.
Ils ont été unis par M.Frévin, maire de Guillemont. Et la bénédiction leur à été donnée en plein air par le missionnaire de Bray-sur-Somme. Après cette célébration, un déjeuner sur l’herbe à été donné entre familles ».
Extrait du Journal, LE MATIN

René LEDEZ et sa femme, lors de leur mariage le 1 Mars 1920.
LA VIE QUI RENAIT
à Guillemont, le 1er Mars, René Ledez et Publicie Rondot.
UN MARIAGE DANS LE DESERT , A GUILLEMONT
La rude vie qu’ils mènent dans cette région apporte souvent des étonnements nouveaux aux Missionnaires. Ce ne fut pas le moindre, quand le 1er Mars dernier, on vint leur demander de bénir un mariage dans Guillemont !
Oui, en plein désert, en pleine zone rouge !….dans ce qui fut un village où rien ne subsiste que des tranchées boches, des abris bétonnés, des emplacements de pièces !
Mais le doyen, je vous le demande, de placer une objection quand les futurs époux ont quarante ans à deux, qu’ils voient tout en rose ! et qu’ils semblent ignorer que peut être des difficultés peuvent surgir dans ces ruines !….
Donc il y eut à Guillemont, en ce beau matin du 1er Mars, un vrai déploiement de forces :pour ce mariage on avait mobilisé les autorités . M. le Maire n’avait voulu céder sa place à personne !
A son tour, le missionnaire procède à la cérémonie du mariage. Il n’y a pas d’église, le baraquement est à peine suffisant pour les mariés, leurs parents, leurs témoins…Le Missionnaire se souvient du temps encore proche où il dressait son autel en plein air…Malgré toutes ces bonnes figures joyeuses c’est encore la guerre par ici : le mariage se fera donc en plein air, sous le grand ciel bleu et au grand soleil de Dieu.
Mais voici une autre difficulté : il n’y a pas ici une surface plane, les trous d’obus se succèdent sans interruption : Qu’à cela ne tienne :l’autel –une caisse- sera dressé sur le rebord même d’ un de ces trous et les assistants se placeront au petit bonheur.
Assurément la cérémonie ne manquait pas de pittoresque, mais bien plus encore elle était marquée d’une simplicité à la fois grave et touchante. Est-ce vraiment à la face de Dieu que les jeunes mariés échangèrent les serments qui les lient à jamais !…
Que pouvait leur souhaiter de meilleur le Missionnaire sinon les abondantes bénédictions de Dieu sur le foyer qu’ils fondent ?Et c’était aussi le vœu de chacun de ceux de leurs parents et amis venus là pour leur redire ce souhait chrétien : ad multos annos.
Des années nombreuses pour revoir Guillemont prospère, gai et vivant ; des années nombreuses aussi pour qu’au soir de leur vie ils puissent se rendre le mutuel témoignage qu’ils ont été par leur courage chrétien et leur exemple les pionniers et les premiers artisans de sa résurrection.
Extrait du bulletin paroissial de Bray-sur-Somme
Des villages de bois, de tôle et de carton.
A la fin de la première Guerre mondiale, se pose le problème de l’hébergement provisoire des populations de retour dans les agglomérations en ruines
Deux grands types de constructions provisoires vont être mis en place sur les ruines des villages de la Somme : les baraquements en bois, et les abris en tôles de type Nissen.
Les baraquements en bois étaient soit à usage collectif, soit à usage privé. Les baraques collectives étaient de grandes tailles(30x8,30 m pour les Adrian, 30x6 m pour les ECMB), et elles étaient placées sur les places des villages , en y accueillant l’école et la mairie provisoires. Elles servaient également de logement pour les ouvriers ou les entrepreneurs travaillant au déblaiement et à la reconstruction du village, ou encore de magasin de stockage.
Les baraquements à usage privé, plus petits, étaient aussi de taille variable selon le nombre de pièces qu’ils comportaient : le modèle le plus simple se limitait à une cuisine et une chambre. Ils pouvaient être à paroi simple ou double, avec ou sans plancher, démontable ou non, mais reposant toujours sur un soubassement de briques qui les isolait du sol. L’habitation provisoire s’accompagnait souvent d’un débarras, ou remise : certains y stockaient des matériaux ou des récoltes, d’autres y élevaient des animaux, compléments alimentaires ou financiers indispensables.
Notons une dernière catégorie d’abris partiellement constitués de bois : les maisons dites « semi- provisoires », formées d’une ossature de bois, de murs en briques ou en fibrociment de 22 cm d’épaisseur, et d’une toiture en tôles ou en tuiles. Plus solides que les baraques entièrement faites de bois , ces maisons étaient aussi les plus chères à l’achat . Elles étaient donc édifiées uniquement sur la demande des sinistrés susceptibles de se les offrir, et restaient peu nombreuses dans les villages .
Après le baraquement en bois , le deuxième abri le plus utilisé était la Nissen( ou Nyssen, du nom de son concepteur britannique).
En fait , en dehors de toute considération esthétique, les Nissen, très rapide à édifier, permettaient d’abriter assez vite une partie des sinistrées qui rentraient chez eux. Le préfet de la Somme effectua même de judicieux échanges avec les départements voisins pour en obtenir un plus grand nombre, et porter ainsi la quantité totale à plus de 9 000.
Formée d’une ossature de bois couverte de papier bitumé et de tôles, la Nissen( ou encore métro) avait une forme caractéristique de demi-tonneau, avec une façade en demi-lune. Elle aussi reposait sur un soubassement en briques l’isolant du sol, et ses dimensions standardisées( 4,73m sur 8,08m) lui donnaient une surface habitable de prés de 38m2. Découpée en deux ou trois pièces , elle était éclairée de deux petites fenêtres et disposait d’une unique porte sur sa façade. Les villages reçurent aussi quelques centaines de Nissen double ou Nissen-hopital , long d’une petite vingtaine de mètres et destinées à un usage collectif, le plus souvent comme église.
D’après le livre : La reconstruction et sa mémoire dans les villages de la Somme, de David de Sousa.
Baraquements encore existants