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GUILLEMONT L'INEXPUGNABLE Août 1914, premiers combats sur le sol de Guillemont , entre des soldats français du 265e régiment d’infanterie et des unités de l’armée allemande. Une journée durant, les régiments français tenteront désespérément de repousser les attaques allemandes. Numériquement inférieures, insuffisamment équipées, les troupes françaises doivent finalement battre en retraite et laisser le village aux mains des allemands.
En 1916 le village représentait un point stratégique important dans le système de défense allemand. Libéré pour la première fois, le 30 juillet 1916, par le 2nd Royal Scots Fusiliers, celui-ci devra peu de temps après l’abandonner. Le 8 août, c’est la 55th West Lancashire Division qui engage le combat pour l’abandonner à son tour. Le 18 août, c’est la 2e division qui atteint Guillemont, le 3 septembre le village est libéré par la 20TH Light Division et la 16th Irish Division. La libération de Guillemont coutera 2000 hommes à la 20th Light Division, la 16th Irish Division perdra dans les combats de Ginchy- Guillemont 4354 combattants.
Reperdu en 1918, la 18th Eastern et 38th Welsh le libéreront définitivement le 29 août. 
ORAGE D'ACIER Fantassin, Ernst Jünger est sur tous les champs d’opération : la Champagne, les Flandres, la Somme. Il constate et nous livre toutes les atrocités de la guerre, évoquant la vie quotidienne du soldat : la peur, la crasse, l’ennui, le courage.
Blessé quatorze fois lors de la Première Guerre Mondiale, il recevra la croix « Pour le Mérite », la plus haute distinction militaire allemande.
« Orages d’Acier », l’œuvre sans doute la plus célèbre et la plus lue d’Ernst Jünger, est le journal de guerre de cet engagé volontaire.
En voici reproduit ici, partiellement, le chapitre consacré à Guillemont.
Le 23 août, nous fûmes chargés sur des camions et amenés jusqu’au Mesnil. Bien que nous eussions déjà appris que nous serions mis en ligne au foyer légendaire de la bataille de la Somme, le village de Guillemont, le moral était excellent. Les blagues voltigeaient, accompagnées d’éclats de rires généraux, d’une auto à l’autre.
(…) du Mesnil, nous marchâmes sous le couvert de la nuit jusqu’à Sailly-Saillisel, où le bataillon fit halte dans une grande prairie pour se débarrasser de ses sacs et préparer le barda d’assaut.
(…) Un coureur d’un régiment wurtembergeois se mit à mes ordres pour conduire ma section jusqu’au fameux bourg de Combles, où nous devions provisoirement nous tenir en réserve. Ce fut le premier soldat allemand que j’aie vu sous le casque d’acier, et il m’apparut aussitôt comme l’habitant d’un monde nouveau et plus dur. Assis près de lui dans le fossé, je l’interrogeais avidement sur la situation dans les tranchées, et j’obtins en réponse le récit monotone de jours qu’on passait accroupi dans les trous d’obus, sans liaison ni voies d’accès, d’attaques ininterrompues, de champs couverts de cadavres, et de soifs démentes, de blessés mourant de faim, d’autres encore.
(…) « Quand on tombe, on y reste. Rien à faire. Personne ne sait s’il reviendra vivant. On a tous les jours une attaque, mais ils ne passent pas. Chacun sait que c’est une question de vie ou de mort. »
(…) Nous arrivâmes enfin à la première ligne, tenue par des hommes accroupis et serrés l’un contre l’autre, dans les trous, et dont les voix sans timbre vibrèrent de joie lorsqu’ils apprirent que la relève était là. Un adjudant bavarois me passa en quelques mots le secteur et le pistolet signaleur. Le secteur de ma section occupait l’aile droite de la position régimentaire et consistait en un chemin creux, de faible profondeur, aplati par les pilonnages, qui s’enfonçait en terrain découvert à quelques centaines de mètres sur la gauche de Guillemont, et un peu plus près à droite du bois des Trônes.(…) Quand vint l’aube, les environs inconnus se dévoilèrent peu à peu à nos yeux stupéfaits. Le chemin creux nous apparaissait maintenant comme une série d’énormes entonnoirs, remplis de lambeaux d’uniformes, d’armes et de morts ; à perte de vue, le terrain environnant était complètement retourné par des gros calibres. Pas un seul petit brin d’herbe auquel pût s’accrocher le regard. Ce champ de bataille labouré était horrible. Les défenseurs morts gisaient pêle-mêle parmi les vivants. En creusant des trous pour nous terrer, nous nous aperçûmes qu’ils étaient empilés par couches les uns au-dessus des autres. Les compagnies qui avaient tenu bon sous le pilonnage avaient été fauchées l’une après l’autre, puis les cadavres avaient été ensevelis par les masses de terre que faisaient jaillir les obus, et la relève avait pris la place des morts. C’était maintenant notre tour.
Le chemin creux et le terrain de derrière étaient couverts d’Allemands, le terrain de devant d’Anglais. Des bras, des jambes, des têtes dépassaient des talus ; devant nos terriers, nous vîmes des membres arrachés et des corps sur lesquels on avait parfois jeté, pour échapper au spectacle perpétuel des visages défigurés, des manteaux ou bien des bâches. Malgré la canicule, personne ne songeait à recouvrir les cadavres de terre. Le village de Guillemont semblait avoir complètement disparu ; seule, une tâche blanchâtre parmi les entonnoirs signalait encore l’endroit où le calcaire de ses maisons avait été pilé. Devant nous, nous avions la gare, fracassée comme un jouet d’enfant, et plus loin derrière, le bois de Delville, haché en copeaux.
(…) Un homme de ma section m’appela et me fit braquer mes jumelles sur la gare de Guillemont, par-dessus la jambe d’un Anglais, arrachée du corps. Par un boyau peu profond, des centaines d’Anglais progressaient, sans beaucoup se soucier des faibles salves d’infanterie que je fis aussitôt diriger sur eux. Ils atteignirent la gare. Ce spectacle montrait bien la disproportion des moyens que nous jetions dans le combat.
(…) Devant le secteur de la première section, avant la tombée du jour, deux ravitailleurs anglais apparurent : ils s’étaient égarés. Ils s’approchèrent le plus paisiblement du monde : l’un tenait à la main une grande gamelle ronde, l’autre un long bidon plein de thé. Tous deux furent abattus presque à bout portant ; l’un tomba avec le buste dans le chemin creux, tandis que se jambes restaient accrochées au talus. Vers une heure du matin, Schmidt me secoua pour me tirer d’un sommeil troublé. Je bondis, agité, et attrapai mon fusil. La relève était là. Nous lui remîmes ce qu’il restait à remettre et tournâmes le dos aussi vite que possible à ce repaire du diable.
Guillemont sous les bombardements

PRISE DE GUILLEMONT PAR LES IRLANDAIS APRES UN ASSAUT HEROIQUE C’est en criant et accompagnés de leurs cornemuses qu’ils se sont rués dans le village et en ont chassé les Allemands. LES ANGLAIS DEVAIENT TENIR BON. Un sergent blessé fait quatre prisonniers et les oblige à l’aider à rejoindre le poste de secours.
Par Philip GIBBS Dépêche du London Daily Chronicle Télégramme spécial du New York Times
EN DIRECT DU FRONT AVEC L’ARMEE BRITANIQUE, Samedi 9 septembre.
La première annonce de troupes anglaises combattant à Guillemont a été officiellement faite et il est maintenant possible d’entrer dans les détails.
Leur assaut sur Guillemont dimanche dernier, appuyé sur leur droite par les bataillons de fantassins Anglais fut l’un des faits d’armes les plus étonnant de la guerre, presque trop rapide dans son impétuosité. Elles ont progressé au son de leurs cornemuses qui les entrainèrent dans une charge héroïque et irrésistible. Le fait que les Allemands soient trois fois plus nombreux qu’elles ne les a pas empêchées d’atteindre la partie nord des ruines désolées de ce qui fut auparavant un village avant d’être stoppées. Les troupes anglaises qui combattirent avec elles m’ont avoué n’avoir jamais vu monter à l’assaut comme l’ont fait les Irlandais. « C’était comme une avalanche d’êtres humains » m’a dit l’un d’eux. Les officiers encourageaient leurs hommes lorsqu’ils passaient à côté d’eux. Un de leurs commandants, qui suivait la dernière vague, ramassait des morceaux de craie qu’il lançait sur ses hommes en leur souhaitant bonne chance. Ils prirent d’assaut les première, seconde et troisième lignes allemandes jusqu’à la partie haute du village, balayant toute résistance et sans s’arrêter pour reprendre leur souffle. La mort ne leur faisait pas peur, malgré tous les morts qu’ils laissaient derrière eux. Après des mois d’ennui et de combats acharnés dans les tranchées, ils étaient excités à l’idée de s’élancer au dehors et de se retrouver face aux Allemands. La seule erreur commise lors de la bataille de Guillemont fut que leur avancée trop rapide ne leur permit pas de protéger leurs arrières, erreur due à leur magnifique bravoure, mais cela ne leur fit pas de tort. Les fantassins anglais qui combattaient à leur droite étaient plus sérieux dans la façon de faire le travail, mais ils furent si enthousiasmés à la vue de l’assaut des Irlandais et par le son de leurs cornemuses, que ceux qui étaient en soutien avec pour ordre de rester et de tenir la première ligne allemande eurent du mal à rester sur place. « Je ne sentais plus mes dents tant j’avais du siffler pour qu’ils reviennent » disait un sergent anglais, « mais la discipline l’emporta ». Les troupes anglaises effectuèrent un mouvement d’enveloppement vers le sud-ouest du village et rencontrèrent plus de résistance entre deux chemins creux. Dans le second chemin creux, où les Allemands avaient fortifié une série d’abris, le sol était recouvert d’une couche de cadavres empilés, mais depuis les tranchées, un grand nombre d’hommes vaillants qui avaient enjambé le parapet maintenait un feu nourri. Au même moment, des tirs de mitrailleuses descendaient de Ginchy et d’autres montaient de la ferme Faffémont. Il fut difficile de couvrir le terrain, mais les fantassins anglais ignoraient les balles et les bombes et avançaient droit devant eux, s’arrêtant seulement pour tirer, repartant, puis tirant à nouveau, comme à l’entrainement. Plusieurs mitrailleurs Lewis prirent position et arrosèrent de balles le parapet allemand. Les Allemands déguerpirent rapidement, poursuivis par les Anglais. Il y avait 150 cadavres dans un endroit du chemin creux, et les abris étaient surpeuplés. Une bombe fumigène fut lancée dans l’un deux pour en faire sortir ses occupants, mais aucun ne s’y résolu. On balança une grenade à main dedans, qui fut renvoyée au dehors avant qu’elle n’explose. Finalement les Allemands s’enfuirent par un tunnel et sortirent par une autre issue où ils furent faits prisonniers. Vingt cinq d’entre eux furent laissés dans un cratère d’obus, sous la garde d’un seul petit fantassin qui tapotait sur un casque allemand avec sa baïonnette, au dessus de sa tête, d’une fierté deux fois plus grande que sa baïonnette. Dans un autre abri, on découvrit 41 corps, dont 3 seulement étaient encore vivants et pleuraient. Tous les prisonniers, environ 800, étaient dans un état si lamentable que les artilleurs Anglais ne purent s’empêcher de leur donner des rations pour 3 jours. Leur cerveau était broyé et ils tremblaient de peur. Dans les abris plus en arrière se trouvaient trois officiers, dont l’un d’eux, un jeune capitaine, avait manifestement sous ses ordres toute la garnison de Guillemont. Il était le seul à montrer une arrogante indifférence. Lors de sa capture, il se tenait droit et immobile, comme si vivre ou mourir lui importait peu. Ses deux officiers, cramponnés au cou des officiers britanniques, imploraient la pitié. Ailleurs, un officier tomba à genoux, les mains jointes en position de prière, tête basse. Un autre sortit une photographie de sa femme et de ses enfants, la montrant bien haut en suppliant qu’on lui laisse la vie sauve. Un sergent britannique, blessé à la hanche par un éclat d’obus, avait à lui seul capturé quatre hommes, et les avait obligés à le ramener sur une civière jusqu’au poste de secours ou il arriva, fumant une cigarette, avec ses prisonniers-brancardiers. Sur les 2000 hommes que comptait la garnison allemande, seulement un s’échappa. Deux bataillons allemands avaient été anéantis. Parmi eux se trouvaient des hommes qui portaient le mot « Gibraltar » brodé sur leurs épaulettes, et qui appartenaient au célèbre Régiment d’Hanovre qui avait combattu au XVIII ème siècle sur le Rocher de Gibraltar aux côtés des Britanniques.
Traduction Gilles Dizambourg. La bataille de Guillemont
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